Mathilde Gouin-Bonenfant, stagiaire du programme PSIJ, 2018

Après trois mois de stage, on me demande de partager mon expérience à Dakar. Quoi dire?

Je pourrais parler des groupements de femmes transformatrices de poissons avec lesquelles nous travaillons, des enjeux d’autonomisation, de résilience aux changements climatiques, de développement durable et de souveraineté alimentaire. Je pourrais aussi plutôt raconter mes cours de boxe sur ma terrasse, ou les couchés de soleil sur la mer comme un rituel avec mon ami Khalil et nos livres de poésie. Je pourrais parler des soirées électrafrique, du hip-hop dakarois, des concerts sur le bord de l’eau, des rues du quartier Ouakam la nuit, des lutteurs qui s’entraînent à la mer, du mariage de mon amie Awa, de la Tabaski, de la Tamxarit, du Magal de Touba, des balades en pirogue dans les bolongs, de l’odeur du poisson grillé, ou de toutes les belles amitiés que je tisse ici…

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Des rencontres comme des toiles qui se tissent et s’entre-tissent

Je suis reconnaissance pour ce qui se dessine sous mes pieds

Des amitiés qui me soutiennent et m’élèvent

Comme un nouveau sol sur lequel m’appuyer

À travers elles ce sont des savoirs qui s’entrecroisent

Se coconstruisent et s’hybrident sur la plage

Nos regards vers le Ciel, nos regards vers le Sud

Ils se dévoilent au fil des partages

Et au bout du monde la compréhension

Comme une nouvelle terre sur laquelle se déplier

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Tous les midis, avec ma collègue, nous mangeons un ceebu jën (riz au poisson) et elle m’aide avec mon wolof. Parfois, nous lisons de la poésie en wolof, parfois nous traduisons nos questionnaires pour notre recherche, parfois elle me fait des quizz sur les aliments qui composent notre plat. Toujours, nous rigolons et nous apprenons ensemble. Ensuite, nous prenons l’attaya (thé à la menthe sucré) et retournons travailler derrière nos ordinateurs. C’est peut-être ce petit moment doux qui vaut le plus la peine d’être partagé aujourd’hui : ceebu jën, attaya, wolof et amitié.